Nekojiru (03-08-2011)

Bonjour à tous, nous sommes mercredi et comme tous les mercredis, je vais vous parler cinéma. Et bien perdu ! Aujourd'hui, nous allons nous diriger un peu plus loin, au pays du soleil (vert) levant, vers les OAV.

Avant tout, une piquouse de rappel


Pour les lecteurs qui ne seraient pas nécessairement férus de productions japonaises, vous trouverez ci-dessous un rappel des différentes terminologies. Ce point est important pour deux raisons. La première est tout simplement la compréhension de cet article. La seconde est que (dans votre propre intérêt) dire à un otaku que vous regardez des mangas lorsque vous vous contentez de mater des dessins animé chez Dorothée est passible de peine de mort.
(Je vous préviens : je vulgarise. Inutile de crier au scandale sur les détails techniques éludés)

Les bandes dessinées japonaises sont des mangas.

Les courts métrages, films, série TV sont des OAV (original anime video) ou anime.

Les livres d'illustrations spéciaux dédiés à une œuvre ou un auteur sont des artbooks.

Les musiques originales provenant des films ou jeux vidéos jap sont des OST (original sound tracks).

Un mangaka, c'est un auteur de manga.

Pis c'est quoi un otaku d'abord ?! Bah c'est un fan de manga.

 

Une bonne chose de faite. Attaquons dès lors notre sujet du jour... Je vais vous parler d'une œuvre dérangeante (plus encore que l'échelle de Jacob) et qui a été réalisée dans des conditions fortement douteuses connaissant l'état psychologique de son auteur.

Je déconseille totalement la visu de l'œuvre dont je parle aujourd'hui aux moins de 16 ans ! (j'déconne pas hein)


- NEKOJIRU -
 

Soyons honnête, il s'agit ici d'une œuvre underground. La plupart des otakus de votre entourage n'auront certainement jamais entendu parler de Nekojiru pour la simple et bonne raison qu'en Europe, il n'y a aucun public pour ça. Historiquement, la jeunesse vient de découvrir des séries cultes comme Naruto ou One piece grâce aux chaînes numériques, donc il faudra encore quelques décénies avant d'espérer découvrir leurs ovnis.

Nekojiru raconte les aventures d'une famille de chats dans la lignée kawaiisante d'un Hello Kitty... À la différence que le père est alcoolique, que la fille Nyâko et son petit frère Nyatta sont deux sociopathes et que les gens habitant ce petit monde sont d'une ignominie assez peu commune !

 

Warning... Warning... Warning...

Pour annoncer la couleur, Nekojiru est une œuvre difficile, violente et immorale. Si vous ne vous intéressez pas à l'art, que vous n'y connaissez rien en mangas, ou que vous êtes un cochon qui parle... PASSEZ VOTRE CHEMIN ! Cet article n'est pas pour vous. Pour faire une analogie, c'est comme montrer à des maternelles des épisodes d'Happy Tree Friends et de South Park... Pas le bon public donc.
 


 

Où un manga devient une série TV qui devient un OAV.

Ami lecteur, si tu lis ce paragraphe, c'est que tu t'es classé dans les amateurs de curiosités que le deuxième ou dizième degré ne rebutera pas.
Hey, salut mon pote, ça roule pour toi ? ... Hum. Passons. Le titre Nekojiru (Neko = chat, jiru = soup) désigne plusieurs choses.

D'abord il s'agit du pseudonyme de son auteure (oui, c'est une femme). De son vrai nom Hashiguchi Chiyomi, celle-ci a choisi de communiquer le moins possible sur sa vie. On ne sait donc pas grand chose. Tout ce qui restera d'elle, c'est l'image d'une personne assez destabilisée au regard de son œuvre et de sa propre fin. En effet, elle a mis fin à ses jours en 1998 sans aucune explication (ce qui a conduit la presse japonaise à s'emparer du fait divers et de lui attribuer des causes -d'après moi- complètement farfelues).

Ensuite, ce nom désigne les mangas, puis la série TV et enfin, l'OAV (pour pinailler, son vrai nom est Cat Soup, en concordance directe avec la traduction du titre initial).


Les mangas

Edités par IMHO (un éditeur de mangas underground couillu), il existe plusieurs séries de mangas. Elles ont toutes pour titre un jeu de mot à base de soupe de chat (-nouilles, -brochette, etc.).

 



Nekojiru Udon, Nekojiru Dango, Nekojiru Shokudo, etc. (survoler les images pour plus d'infos) est la série la plus connue. C'est elle qui sera adaptée en série puis en OAV. Ne vous fiez pas au style brouillon et bon enfant des pochettes, ça parle de cruauté, de sectes et d'escroqueries. Les mangas se découpent en petits sketchs où l'on découvre les petits personnages naïfs de l'auteur dans un univers immonde et mal intentionné. Parfois certains se suivront. En définitive, nous pourrons découvrir des aventures critiquant le monde qui nous entoure comme nous pouvons le voir dans beaucoup d'autres œuvres. Mais la différence chez Nekojiru est de taille. Il n'y a aucune morale à la fin. Rien ne condamnera jamais les agissements des protagonistes principaux. Ces évenements choquants sont donc présentés comme la normalité, ce qui est d'autant plus éprouvant pour nos pauvres esprits formatés par Disney.

En y regardant, ces mangas ne se lisent pas comme les autres. Comme un sentiment complexe et inconnu, ils se ressentent dans un premier temps, puis s'analysent. De plus, l'histoire de l'auteure et la manière dont elle a écrit ces aventures les ont impregnées d'une aura unique et malsaine... C'est un peu comme tenir le Necronomicon. La folie transpire des pages.

D'un autre côté, Nekojiru Manjū raconte l'histoire de deux chatons adoptés (Blanco et Negro), se retrouvant à la fois riches et orphelins (encore !). Ils partiront donc à l'aventure pour découvrir leurs origines et tomberont sur tout un tas de personnes bien ou mal intentionnées. Cet opus est différent des autres car il est très abordable, beaucoup moins trash que les précédents et surtout qu'il ne présente pas les mêmes personnages.

Pour finir Nekojiru Kamisama, je n'ai trouvé aucune info dessus et il n'est pas édité en France.

La série TV Nekojiru Gekijo

Contre toute attente (les japonais sont fous !), ces mangas ont eu un tel succès qu'une série TV a été adaptée. Vous retrouverez la plupart des aventures des mangas remontés différement, mais tout aussi trash. De nombreux épisodes sont disponibles sur vos services de streaming préférés...


Nekojiru Gekijo 01 12 vostfr par Fenounette

Nekojiru Gekijo (ci-desssus) nous offre une version moins psycho et plus enfantine.
Curieusement, dans un pays où le sang dans les jeux vidéos est vert, la cruauté n'a pas été censurée...

 

...bon ! Et l'OAV alors ? Aaaaaah enfin l'OAV !!

Et un court métrage d'animation fut créé. Réalisé par Tatsuo Sato et sorti en Direct to DVD, il s'intitula CAT SOUP. Ce film reçut tout un tas de récompenses d'animation et pour cause, c'est une tuerie (dans le bon sens cette fois).

 



Nekojiru So fait par des américains, je pense que ça donnerait le clip de
Radiohead : Paranoid Android (cf. ci-dessus). Souvenez-vous, il mettait
en scène de manière étrange les persos de la série TV Robin.

 

Réalisé quelques années après la mort d'Hashiguchi Chiyomi, il s'agit en fait d'un hommage à l'ensemble de son œuvre. Et c'est un magnifique hommage... Là où l'auteure transmettait ses angoisses et ses névroses, l'équipe en charge du projet a su apporter scénario, structure, sens artistique et surtout poésie ! Ce film est un must pour quiconque d'entre vous porte un intérêt à l'Animation, aux mangas (autres qu'au shonen pour ado boutonneux) ou de manière générale, aux arts graphiques.

Il raconte le périple de Nyatta, un chaton qui tente de sauver l'âme de sa grande soeur Nyâko, déchirée par un gourou. Ensemble, ils vont traverser les mers et les déserts et rencontreront toute une pléthore de créatures étranges jusqu'à Dieu en personne. Artistiquement maintenant, on note une grosse influence de Bill Plympton, maître dans l'art d'animer et de déformer ses personnages. Tous les humains de Neko semblent d'ailleurs tout droit sortis de ses créations. Cela ne fait que renforcer leur monstruosité.

En conclusion, on s'aperçoit que l'ensemble des œuvres sorties sous la dénomination Nekojiru forme un tout équilibré. Le manga nous permet d'aborder la chose sous sa forme brute et orientée spectacle. La série permet de leur donner vie et présente la vie de la famille ainsi que l'ensemble des personnages de manière plus large. L'OAV enfin, ajoute la dimension intellectuelle et donne un but à toute cette création.

 

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Le Barbu
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